Je présente ici ma nouvelle peinture.
J'ai choisi ce thème (qui rappelle un peu "un coin de France") pour la multitude de matières, l'opposition ombre-lumière et celle ancien-moderne.
C'est une vielle maison de 120 ans, à Kyoto. Une fabrique (au sens ancien du terme) de "obis", ces larges ceintures qui tiennent les kimonos fermés. Une de mes amies est la seule femme restant de la famille à tisser ces "obis", alors qu'à la période glorieuse de cette fabrique il y avait 8 femmes en permanence.
L'ensemble architectural est exceptionnel, avec une très grande maison tradiotionnelle en bois, et un large atelier. Plus, dans le jardin un "kura", sorte d'entrepôt qui permettait de garder le riz ou, dans ce cas-ci, les tissus, la soie etc., et une autre petite maison dans laquelle sa mère habite.
Je joins quelques photos de l'atelier :
Le tableau que j'ai choisi de peindre montre l'une des entrées, une fois passé la palissade qui entoure la propriété.
J'aime ces vieilles maisons, l'harmonie du bois et de la terre des murs, les pierres et les plantes du jardin.
Ce genre de lieu disparait peu à peu de Kyoto et je suis heureuse d'avoir pu y passer un grand moment.
Lundi dernier, pendant le cours, j'ai donc démarré ce tableau. En fait, le cours a été utilisé surtout pour préparer le papier "mashi" !!
C'est un nouveau papier, que j'ai acheté chez le fournisseur du sensei. Il y a toutes sortes de "mashi", des chers et des moins chers, des épais et des moins épais, des avec "dosa" déjà posée et des sans "dosa". J'ignorais que le mien n'avait pas été enduit de "dosa"… je m'en suis doutée dès la préparation du panneau: au moment où l'on doit humidifier l'envers du "mashi" pour y poser le panneau dessus, le papier s'est mis à boire, boire l'eau comme une éponge !!
Résultat: quand j'ai retourné le panneau, impossible d'étendre, de lisser le papier pour bien rabattre sans le déchirer !
Moment délicat…
Ensuite ça a pris un temps fou pour tout sécher, tant il était imbibé ! heureusement que je l'avais préparé 3 jours avant le cours !
Donc, pendant le cours, j'ai d'abord préparé une couche de gofun mais - pareil - elle était absorbée aussitôt que je posais le pinceau ! Sensei m'a alors confirmé qu'il n'y avait pas de "dosa" et qu'il fallait le faire. On en a mis 3 fois !! (donc, séchage après chaque couche !)
En fait, il m'a expliqué qu'au moment de préparer le panneau, il faut enduire l'envers de "dosa", bien sécher, puis enduire l'endroit. Après seulement on peut poser le papier sur le panneau.
Le nombre de couches de "dosa" posées dépendra de ce qu'on veut comme degré absorption. Comme je trouvais que ce n'était pas très pratique et que ça demandait beaucoup de travail, sensei m'expliqua que, de cette façon, chaque peintre décide pour lui-même et que c'est pourquoi c'est un avantage d'acheter du papier non enduit.
Bref, il semblerait que les "maîtres" de nihonga font tous comme ça. Je n'avais pas cette ambition, car ma connaissance des pigments est très pauvre encore, mais puisque j'ai cette gigantesque feuille de "mashi", je vais devoir apprendre à préparer et poser la "dosa" pour toutes mes prochaines peintures…
Une fois toutes ces couches bien sèches (gofun + dosa) j'ai reporté mon dessin sur le panneau.
C'est tout ce que j'ai pu faire lundi pour ce tableau.
Pendant toute l'opération séchage de la "dosa" j'ai profité du temps pour continuer sur "Bliss", que je vais laisser à l'atelier du sensei pour l'instant.
Il m'a ensuite raccompagnée en voiture pour m'aider avec mes peintures de l'expo. On habite dans le même village donc ce n'est pas loin !
Aujourd'hui, j'ai passé les lignes à l'encre de chine…
et puis, comme je trouvais que ça faisait un peu vide - au niveau de la "tansu" (= commode) - j'ai rajouté un dessin sur les petites portes. Ça, ça ne vient pas de cette maison mais de ma propre "tansu" qui est très vieille (achetée il y a 15 ans chez un antiquaire à Mishima); c'est en fait une sorte de papier découpé et collé sur la porte. Le motif je pense date du début du 20ème siècle. Je pense que c'était pour une chambre d'enfant, un garçon peut-être vu les motifs. Aussi un symbole de longévité (la carpe).
Voilà ce que ça donne, je trouve que c'est mieux. Il manque encore le reflet du plafond dans le miroir sur la "tansu"…mais je ne sais pas encore si je le ferai…
Au mur, le truc rond, c'est un grand chapeau en paille que les fermiers utilisaient dans les rizières autrefois. En dessous, les parapluies modernes…
mercredi 3 novembre 2010
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