samedi 8 septembre 2012

Engawa - 2 (F30)

Lundi 3 septembre
Nous ne sommes que 2 et le sensei s'en trouve encore plus occupé, chacune de nous ayant bien besoin de lui…
Avant toute chose, il fallait faire une sous-couche (en deux couches). J'ai utilisé un restant de coupelle, comme à mon habitude, dans les tons roses, en complétant parce que ce tableau est grand. Peu importe en fait la couleur de la sous-couche, vraiment, puisqu'elle n'apparaitra   pas. Elle sert essentiellement à donner de la profondeur. Mais quand même, la lumière sera différente si cette couche est rose ou verte ou bleue ! sensei aime travailler avec la cochenille, qui est de la poudre de l'insecte du même nom, et qui donne un très beau rose. Je n'en ai pas et je ne voulais pas utiliser celui du sensei (c'est très cher ! on peut imaginer le nombre d'insectes pour faire 15g de ça !)
Note: cochenille, indigo ou toute autre teinture végétale naturelle (oignon ? garance ?…) peut servir comme couche de fond. N'étant pas minérale et n'étant pas grasse (yushi ga nai) la teinture végétale naturelle se fondra dans le papier sans gêner les pigments et donnera une profondeur naturelle.
Couche de dosa ensuite.
J'ai appris le nom du pinceau large et plat utilisé pour appliquer pigments ou dosa sur les grands tableaux: "hake". Je vais devoir en acheter un (ainsi que toute une flopée de pigments, quand j'irai à Tokyo la semaine prochaine pour visiter l'expo In-ten (prononcer inne-taine).

Etape suivante: une couche d'enduit pour le mur blanc. Il faut expliquer que ce tableau montre le mur du temple où je vis et la plate-forme (engama) qui l'entoure.
J'aime les différences de matières, ici bois et enduit blanc du mur et ensuite les potimarrons.
Préparation de l'enduit: recette à la fois fixe et flexible dans la mesure où l'on doit estimer la quantité au jugé et éventuellement - comme ici - ajouter un peu de ceci ou de cela…
pour ce qui est fixé:
-karuishi : 2 cuillères plastiques bien pleines
-taruku (talc ?) : environ deux fois plus
-nikawa : beaucoup !!!
       rajouté du gofun tekitooni ("à vue de nez")
-eau bien sûr
On mélange, au début c'est très sec, on ajoute nikawa et eau au fur et à mesure. Mieux vaut prévoir beaucoup de nikawa ! Il faut atteindre une consistance de pâte à crêpe épaisse. Elle doit napper le doigt et tomber en filet régulier.
S'il y a trop de taruku la pâte est trop fine.
Ici, pour compense cette finesse, le sensei a ajouté 2 mesures (cuillère métallique) de suishomatsu.


Application à la spatule:
On ramasse la pâte dans l'assiette, on en fait couler sur le tableau et on l'étale.



Le long des lignes on verse avec la spatule sur le tranchant.



J'ai posé du ruban protecteur (masking tape) le long de la poutre.
On voit bien dans ces photos le fond rose de la sous-couche.
Ça n'a pas l'air comme ça, mais j'ai fait l'autre moitié du mur, de l'autre côté de la poutre… il me faut parfois presque "arracher" pinceau ou spatule des mains du sensei si je veux moi aussi faire… c'est un peu la difficulté des profs: montrer et laisser faire…
…et voilà le travail avant séchage:


"Reste" à faire le bois. Pour cela, j'utilise ce qui reste du mélange pour le mur, auquel on ajoute du karuishi et de l'ocre odo 11.
J'ai posé du ruban protecteur le long des planches mais en fait ce n'était pas vraiment nécessaire je pense.
Sensei me montre de nouveau comment faire. Étant donné qu'on part d'une certaine idée de traitement des feuilles d'argent au soufre et au feu, il pense qu'il faut faire une couche moins épaisse que pour le mur.
C'est plus un badigeon épais qu'un enduit, appliqué au pinceau.
Le cours se termine là-dessus, on laisse sécher pour demain.


Voilà la première couche appliquée, de façon plutôt irrégulière. Elle s'éclaircira beaucoup au séchage.


Mardi 4 septembre
Tout a bien séché et on peut passer à la suite:
- mettre de la couleur sur les potimarrons:
sangomatsu 11 et comme il en manquait pour finir la deuxième en partant de la gauche, j'ai juste ajouté un peu de jaune.
- dessiner les motifs du bois. Ce que je fais au crayon.

Sensei me dit qu'il faut considérer toute la peinture comme une "mise en scène" pour les potimarrons. Il faut donc soigner le mur comme le bois.
Je dois revenir sur le projet initial qui était de mettre du ginpaku (feuilles d'argent) partout, que l'on traiterait différemment ensuite: pour le bois, il serait travaillé au soufre et ensuite brûlé, et pour le mur, je ne sais pas, sans doute gofun.
Mais la technique du soufre brûlé est très délicate, le processus enclenché difficile à contrôler. 
Il m'emmène voir ses essais dans son atelier. Les effets sont beaux sur deux d'entre eux et pas très agréables sur un troisième.
Et ce sont de petites surfaces ! sur un grand format comme le mien, c'est encore plus aléatoire.
Il avait utilisé cette technique pour "Hatake Impact", dans la partie inférieure du tableau. Je me souviens que ça avait impliqué de laver cette partie à l'eau et c'est ça qui est difficile, la réaction du soufre, du feu et de l'eau (l'eau est supposée arrêter le processus de noircissement enclenché par le brûlage du souffre).
Bref, il m'a fait un peu peur et je pense qu'il n'a pas trop envie de se charger de ce travail sur mon tableau comme un terrain d'essai…
J'ai donc laissé tomber et j'ai décidé de faire autrement.
Je fais donc un enduit épais comme pour le mur et j'ai terminé mon sachet d'ocre…
Je n'ai pas préparé assez de matière pour tout enduire donc je laisse les deux plus grandes planches à faire la prochaine fois.
Ça bouffe une quantité incroyable de matériaux ces enduits !!
En principe je vais à Tokyo le 13 et je vais acheter plein d'ingrédients.
À noter que dans ce processus les jolis dessins au crayon disparaissent… mais qu'à cela ne tienne, on fait des rainures profondes dans la pâte (avec une baguette taillée)…
Dans l'étape suivante, les ginpaku  (feuilles d'argent) seront appliquées dessus et poncées au papier émeri ce qui laissera des reliefs avec des tons différents.
Et comme on peut le voir, la première couche est vraiment très claire après séchage !!

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